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Résumé :
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Au regard de l’extension contemporaine du domaine de la fatigue et de la tendance à sa pathologisation, cet article explore la fatigue liée au cancer (FLC) sous un angle sociologique. Phénomène central de l’expérience du cancer, la fatigue représente l’effet indésirable le plus rapporté par les malades. Par ailleurs sous-estimée dans la prise en charge, cette sensation d’épuisement inhabituel échappe, en partie, à la rationalité. Peu visible, tout en étant difficile à exprimer, la fatigue suscite l’incompréhension des bien-portants, y compris des soignants. Dans le sillage des travaux de Marie Ménoret, ce texte propose une contribution à la compréhension de ce que veut dire se sentir fatiguée au gré des temps du cancer. Les récits de 25 femmes suivies pour un cancer du sein dans une ville de province servent de repères pour analyser ce phénomène aux frontières du normal et du pathologique, du corps et de l’esprit, de l’individuel et du collectif. La mise en évidence de trois idéaux-types de sentiments de fatigue reflète les déterminations affectives et sociales propres à chaque période de la vie avec la maladie, de l’annonce à la rémission, et participe à la reconnaissance de la singularité de ces situations de vulnérabilités.
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