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Résumé :
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Les médicaments non utilisés (MNU) représentent un gaspillage financier considérable et causent des dommages environnementaux majeurs, notamment à travers la contamination des milieux aquatiques par les résidus médicamenteux. Depuis les lignes directrices de l’OMS de 1996, la France s’est rangée parmi les États pratiquant la destruction systématique des MNU, interdisant toute redistribution par les lois de 2007 et 2008. Pourtant, les chiffres sont éloquents : en 2023, 8 500 tonnes de MNU ont été collectées par Cyclamed, pour un coût évalué par la Cour des comptes entre 560 millions et 1,7 milliard d’euros par an. Le rapport thématique de la Cour sur le bon usage des produits de santé rompt avec la doctrine dominante en qualifiant la re-dispensation de certains MNU « [d’]opportunité à développer ». La directrice déléguée de la CNAM avait ouvert la voie dès avril 2025 en dénonçant la destruction systématique comme une « aberration difficilement justifiable ». Au niveau européen, le Conseil a proposé en juin 2025 de réviser la directive de 2004 pour autoriser la réutilisation des MNU sous conditions strictes. La France a suivi avec l’article 86 de la LFSS pour 2026, instaurant une expérimentation triennale de re-dispensation dans les établissements de santé. Ce revirement s’inscrit dans un contexte de contraintes budgétaires accrues et de hausse prévisible des prix des médicaments en Europe. La levée progressive de cette prohibition médicamenteuse devra s’accompagner d’actions en amont sur la surprescription, les conditionnements, les dates de péremption et la dispensation à l’unité. (R.A.)
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