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Résumé :
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Cet article analyse la dimension normative du travail médico-légal effectué dans des conditions difficiles. Des entretiens menés auprès d’un ensemble d’experts colombiens ayant exercé entre les années 1980 et le début des années 2000 sont traités à l’aide de la sociologie interactionniste et pragmatique. Cette période a été caractérisée par un appareil judiciaire en situation de crise, des cadres socio-institutionnels mouvants et des violences armées d’une brutalité notoire. Qu’est-ce qui a été forgé dans le cours même de ce travail ? Face à ces contraintes et en prise directe sur les aspects concrets, imprévus et émergents de leur travail, les médecins légistes ont investi sa dimension normative par-delà la seule production de rapports d’expertise. Ils et elles ont ainsi donné un sens renouvelé aux ajustements permanents et à la formalisation des procédures, oscillant entre « formalisme » et « pragmatisme » au sens ordinaire des termes, à la formation des dispositifs selon des principes d’« humanisation » et de « dignité », ainsi qu’aux interactions avec les cadavres et les proches des victimes, anticipant l’émergence d’une mutation sociopolitique plus vaste : le passage en Colombie de la notion de « dépouilles mortelles » à celle de « victimes ».
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