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Résumé :
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L’exploitation sexuelle constitue aujourd’hui un phénomène inquiétant, complexe, protéiforme et difficile à appréhender dans sa globalité. Contrairement aux idées reçues qui réduisent parfois ce phénomène à une déviance individuelle ou à une pathologie isolée, la compréhension de la prostitution des mineurs, au regard de son développement, nécessite d’être inscrite dans un cadre plus large, révélateur de transformations sociales, économiques et culturelles profondes. Elle constitue un indicateur de fragilisation des structures sociales et familiales, mais aussi des mécanismes de protection de l’enfance, et de la manière dont la société contemporaine organise la circulation des corps et des images. Enquêtes et statistiques montrent systématiquement une augmentation préoccupante de ce phénomène, documentant que plusieurs milliers de mineurs, autour de 10 000 selon les sources officielles, seraient concernés sur l’ensemble du territoire national. Cette population est caractérisée par une grande précarité affective, sociale et économique, un isolement croissant, des ruptures relationnelles répétées et souvent une scolarité perturbée. La combinaison de ces facteurs crée un terrain propice à l’exploitation, mettant à l’épreuve la résilience psychique des jeunes et rendant indispensable l’intervention sociale pour limiter les conséquences traumatiques. Le phénomène ne se limite plus aux réseaux traditionnels : il se développe aujourd’hui selon des logiques décentralisées, facilitées par l’usage massif des technologies numériques et par l’émergence de formes d’exploitation invisible, souvent imperceptibles pour les adultes et les institutions classiques. (extrait R.A.)
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